Loi d’orientation sociale: Un bilan amer, 8 ans après

Pour la 27e année consécutive, le Sénégal célèbre, ce lundi 03 décembre 2018, la Journée internationale des personnes handicapées, conformément à la résolution 47/03 de l’Assemblée générale de l’Onu. Ce sera sous le thème : «Participation citoyenne et politique des personnes handicapées». Une occasion pour «évaluer les politiques destinées aux personnes handicapées» ; «réaffirmer certains principes de base trop souvent oubliés et liés au respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine» et revoir le Plan d’actions handicap, afin que tous les ministères sectoriels concernés fassent le point sur leurs différentes initiatives en direction du handicap, notamment, sur le niveau de mise en œuvre de la «Loi d’orientation sociale». Belle opportunité de rappeler que ces personnes doivent pleinement vivre leur citoyenneté et jouir de leurs droits de participation aux affaires publiques et politiques.

La «Loi d’orientation sociale relative à la promotion et à la protection des droits des personnes handicapées» a été votée le 6 juillet 2010, sous le régime libéral du président Abdoulaye Wade. Mais c’est sous le règne de Macky Sall que l’application est devenue effective. Huit bougies d’anniversaire sur le gâteau. Et toujours ce même sentiment d’un verre à moitié vide ou à moitié plein. Cette loi qui s’inspire de la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées, ratifiée par le Sénégal le 7 septembre 2010, connait des obstacles. D’abord, les textes d’application. En effet, sur les 10 décrets d’application et 4 arrêtés ministériels prévus, seuls 2 décrets sont signés.

«Il y a un ensemble de 13 à 14 textes à prendre, mais on n’en a pris que deux. Il reste deux autres textes importants qui permettraient de faire des pas importants en avant. Deux seuls décrets ont jusque-là été signés. Le premier est le décret portant création des commissions techniques départementales qui doit instruire la carte d’égalité des chances et qui a été signé en octobre 2012. Le deuxième sur le Programme national de réadaptation à base communautaire (Pnrc) l’a été dans ce sens le 5 juillet 2018», informe Yatma Fall, président de la Fédération sénégalaise des associations de personnes handicapées (Fsaph).

Des textes d’application toujours en attente

Lors du Conseil interministériel sur la Loi d’orientation sociale du 13 février 2018, le Premier ministre avait pourtant pris la ferme résolution que tous les textes d’application allaient être signés au plus tard le 30 juin de l’année en cours. Mais l’initiative n’est toujours pas suivie d’effets car, malgré ses engagements, le gouvernement traîne les pieds. Ce blocage empêche, notamment, la mise en place de la Haute autorité pour les droits des personnes handicapées. «Cette autorité a toute son importance en ce sens qu’elle gère la question transversale du handicap qui est multisectoriel et pluridisciplinaire.

La Haute autorité pour les droits des personnes handicapées sera aussi le mécanisme national de suivi de la convention», précise le président de la Fsaph. Le Fonds d’appui aux personnes handicapées connait également une lenteur. «Ce fonds vise à accompagner les handicapées mendiantes dans la rue, formation rudimentaire en matière de gestion, financement d’activités génératrices de revenus pour dignité», soutient encore M. Fall.

Le Fonds d’appui et la Haute autorité pour les droits des personnes handicapées

La Carte d’égalité des chances semble engendrer plus de problèmes qu’elle n’en résolve. Elle est un système de production sociale pour les personnes handicapées offrant des avantages dans tous les domaines. Mais celle-ci est bloquée par plusieurs contraintes décriées par les acteurs. D’abord, la «lenteur dans la production» jugée «insuffisante». Entre 2014 et 2017, les services de l’Etat n’ont produit que 50 006 cartes. En l’espace de trois ans, seules 50 000 sont produites au bénéfice d’une population estimée à deux millions d’habitants. Seulement, il y a un nouvel objectif du gouvernement de produire 40 000 autres cartes d’ici 2021. Ce qui fera un total de 90 000 en 2021, du moins si l’Etat respecte ses prévisions.

«Le niveau de production reste, à ce jour très insuffisant. Cela ne signifie rien car c’est très peu. Le niveau de production n’est pas bon et c’est pourquoi nous préconisons que la carte d’égalité des chances soit érigée en un programme national comme le sont la Cmu (Couverture maladie universelle) ou encore la Délégation générale aux bourses de sécurité familiale», fait en outre remarquer le président Yatma Fall.

Du côté de l’Etat, cette lenteur dans la délivrance de la Carte d’égalité des chances est liée à un problème d’état civil. «Beaucoup de personnes handicapées n’ont pas été déclarées à leur naissance», renseigne une source proche du ministère de la Santé. Outil pour l’émancipation des personnes handicapées, la Carte d’égalité des chances, c’est aussi ce sésame dont l’obtention est conditionnée au dépôt d’un dépôt auprès de la Commission de délivrance du ministère de la Santé et de l’Action sociale, lequel est composé de plusieurs pièces à fournir, dont le certificat d’invalidité. Mais disposer de ce document médical n’est pas chose aisée pour les personnes handicapées.

Seules 50 000 Cartes d’égalité des chances produites en 3 ans

En théorie, les détenteurs de la Carte en question peuvent bénéficier des sept avantages suivants : santé, réadaptation (appareillage), éducation, formation, emploi, transports et finances. Seulement, voilà : pour le moment, la santé et les finances sont les seuls avantages disponibles, d’où le «retard dans l’effectivité des services». Un diagnostic fait ressortir l’existence de problèmes liés à la santé, à l’appareillage et à l’accès aux services de réadaptation pour les personnes handicapées ainsi que des problèmes liés à l’éducation et à la formation.

Selon les chiffres officiels, on compte aujourd’hui à peu près 25 000 bénéficiaires des bourses familiales et 17 000 personnes handicapées éligibles à la Mutuelle de santé. «Le détenteur de la carte d’égalité des chances doit se faire enrôler auprès de la Mutuelle de santé de sa commune, avant de pouvoir bénéficier des soins de santé gratuits. Certains détenteurs de ladite carte bénéficient également, sous certaines conditions, de l’avantage Finances grâce à la bourse familiale», précise-t-on du côté de la Direction générale de l’Action sociale.

Le traité de Marakech toujours pas ratifié par le Sénégal

Le Sénégal n’a pas encore ratifié le traité de Marakech (adopté le 27 juin 2013) qu’il a pourtant signé. Or, celui-ci vise à faciliter l’accès des personnes mal voyants, des déficients visuels et des personnes ayant d’autres difficultés de lecture des textes imprimés aux œuvres publiées. Selon Moussa Thiaré, coordonnateur pour l’Afrique francophone du traité de Marakech, celui-ci prévoit aussi une «démocratisation de l’accès au savoir» à travers notamment le format accessible. La «territorialité de la loi sur le droit d’auteur et les droits voisins», selon M. Thiaré, par ailleurs président d’Amitié des aveugles du Sénégal.

Intégration du handicap dans les politiques en Afrique : Le Sénégal, pays pilote de la phase 2 du programme Auda

Dans le cadre de la stratégie d’intégration du handicap dans les politiques et programmes publics des pays de l’Union africaine (Ua), le Sénégal est choisi comme pays pilote de la phase 2 du projet de l’architecture de l’Ua relatif au domaine du handicap (Auda). Dakar a abrité dans ce sens un atelier de renforcement de capacités pour 25 pays africains.

Prendre en compte les personnes vivant avec un handicap dans l’élaboration des politiques et programmes des pays africains, est l’objectif du projet de l’architecture de l’Union africaine relatif au domaine du handicap (Auda). Compte tenu des résultats du Sénégal « qui excelle » dans ce sens, notre pays a été choisi comme Etat membre pilote pour l’exécution de la phase 2 du projet Auda avec la Namibie pour tout le continent. Dans ce cadre, Dakar a abrité, du 21 au 25 mai 2018, un atelier de renforcement des capacités des représentants de 25 Etats africains sur les stratégies d’intégration du handicap. Pendant 5 jours, indique Thomas Ongolo, conseiller technique en matière de handicap à la Commission de l’Ua, les fonctionnaires, venus de ces pays africains, ont été sensibilisés sur l’intégration du handicap dans les politiques publiques. « Cela est devenu une nécessité », dit-il exhortant à s’assurer que tous les pays de l’Ua intègre cette donne.

Le Sénégal, pays pilote, peut constituer un exemple selon les responsables de ce programme de l’Ua. La directrice générale de l’Action sociale, au ministère de la Santé et de l’Action sociale du Sénégal, Khadiassatou Gaye Alainchar, a rappelé que cet atelier régional sera capitalisé dans la mise en œuvre du projet Auda dont le Sénégal est le pays pilote. Elle pense que ce choix est un grand honneur, car le Sénégal a, à son actif, plusieurs réalisations dans ce sens avec la loi d’orientation sociale. Elle a estimé que le Conseil interministériel, présidé par le Premier ministre récemment sur la question, démontre aussi l’importance accordée aux personnes handicapées pour qu’elles puissent apporter leur contribution au développement du pays. Elle a aussi souligné les efforts fournis par le Sénégal avec notamment la carte d’égalité des chances qui assure aux bénéficiaires des avantages dans le domaine de la santé, de l’éducation, du transport, des finances et de la réadaptation.

Pour échanger les expériences réussies, le Sénégal va travailler avec la Guinée comme pays partenaire d’exécution.

Du côté des responsables de l’Ua, on estime que ce programme de formation concerne l’ensemble des pays africains. Lefhoko Kesamang de la Commission de l’Ua a félicité le Sénégal pour ses efforts dans ce domaine. « Le Sénégal va être un partenaire de choix pour développer ce programme dans les pays de l’Ua. On a besoin davantage de ressources pour l’intégration du handicap dans les politiques publiques », a-t-il soutenu. Même avis pour la directrice de la Giz (coopération allemande) au Sénégal qui finance ce programme. Friederike Von Stieglitz a confirmé que l’intégration du handicap est une question de droits humains. Elle a rassuré quant à la continuité de l’appui de l’Allemagne pour le Sénégal et pour la réussite de ce programme africain.

O. KANDE

Conseil des ministres: Macky invite au respect des personnes handicapées

L’affaire des femmes handicapées tabassées par un ASP et dont la vidéo a fait le tour de la toile, s’est invitée hier à la réunion du Conseil des ministres. Même s’il ne l’a pas évoqué spécifiquement, le Président Macky Sall a déclaré avoir relevé une «recrudescence manifeste d’actes de maltraitance des personnes vivant avec un handicap ».

Dans la foulée, le chef de l’Etat a rappelé au Gouvernement, « l’impératif de veiller au respect scrupuleux des droits des personnes vivant avec un handicap et de leur assurer un traitement adéquat dans les espaces publics et au niveau des services de l’Etat ». Le Chef de l’Etat a indiqué aux membres du Gouvernement, « dans la perspective de l’application intégrale de la loi d’orientation sociale qui doit être évaluée dans toutes ses composantes, l’urgence de déployer un Plan spécial de lutte contre la maltraitance des personnes vivant avec un handicap ».

PLAN D’ACTION NATIONALE SUR LE HANDICAP Les handicapés attendent avec impatience les 47,3 milliards

Assaillis par les difficultés, les personnes vivant avec un handicap espèrent que la mise en œuvre prochaine du plan d’action nationale sur le handicap, doté d’une enveloppe de 47,3 milliards de francs Cfa, leur permettra de voir l’autre bout du tunnel.

Le forum du département de Rufisque est inclusif, selon certains participants ayant pris part, hier, au panel consacré à la situation des personnes vivant avec un handicap, sous le thème : “La citoyenneté de cette couche vulnérable de la population.’’ Le président des associations des personnes handicapées du Sénégal est de ceux-là. Yatma Fall estime que “si le plan national sur le handicap est appliqué, la souffrance des personnes handica- pées sera allégée”.

Le directeur des personnes handicapées, au ministère de la Santé et de l’Action sociale, Mamadou Lamine Faty, lui répond que ce n’est plus pour longtemps. Il annonce la prochaine mise en application du plan d’action nationale sur le handicap avec 47,3 milliards de francs Cfa. Le directeur d’ajouter que les bénéficiaires ont accès à des bourses familiales et à la CMU. Et que le dernier recensement général a répertorié environ 800 000 personnes handicapées, soit 5,9 % de la population sénégalaise.

Mais Yatma Fall a du mal à se fier à ces chiffres. De ce fait, il est d’avis que la prise en charge des personnes vivant avec un handicap est faussée par l’absence de données statistiques fiables, du fait qu’il y a une différence de chiffres entre ceux fournis par la Banque mondiale et ceux donnés par les autorités étatiques. Au moment où, alors que les services nationaux parlent de 5,9% de prévalence, l’organisation mondiale de la santé (Oms), elle, table sur un chiffre de 15,5 %. Ce qui ne permet pas, à l’en croire, de cerner concrètement le problème lié à la prise en charge des handicapés au Sénégal.

Ainsi, malgré les efforts de l’Etat du Sénégal pour satisfaire les personnes handicapées, il demeure le problème d’accès aux soins de santé. “L’appareillage reste toujours cher. Et il est très difficile pour un handicapé moteur de se déplacer sans ces outils”. Faisant toujours le diagnostic des maux auxquels sont confrontés ses mandants, le président de l’associa- tion des handicapés moteurs du Sénégal renseigne que la prise en compte sur le plan éducatif et de la formation laisse à désirer. Même cas de figure pour ce qui concerne les infrastructures publiques qui sont ne pas, selon lui, pour la plupart adaptées pour permettre un meilleur accès.

Pis, fait remarquer Yatma Fall, l’emploi et l’insertion sociale sont une denrée rare chez ses camarades qui, pour la plupart, se résignent à s’adonner à la mendicité qui devient, par conséquent, leur unique recours pour vivre. Cependant, fait-il remarquer, depuis un certain temps, les personnes handicapées bénéficient de certains avantages. Et le plus décisif a été la carte d’égalité des chances. Malheureusement, poursuit-il, “les services qu’elle est censée octroyer ne sont pas encore effectifs”.

PAPE MOUSSA GUÈYE (RUFISQUE)

Conseil interministériel sur le handicap : Comment l’État veut venir en aide aux handicapés

Le chef du gouvernement, Mahammed Boune Abdallah Dionne, s’est réuni ce mardi 13 février 2018, à l’occasion d’un conseil interministériel, avec les personnes vivant avec un handicap. Au cours des discussions, les différentes parties ont listé les progrès réalisés pour s’en féliciter. Cependant, elle se sont aussi accordées sur la nécessité d’adopter un certain nombre de mesures urgentes.

« Quelques orientations fortes ont été dégagées, notamment l’urgence de procéder à l’adoption du programme de réadaptation à base communautaire qui permet de décliner toute la politique d’inclusion sociale, destinée aux personnes vivant avec un handicap. Il en est de même de l’urgence d’adopter le plan national handicap qui est doté d’un budget de plus de 40 milliards que le gouvernement devra endosser et inscrire dans le cadre du programme d’actions prioritaires du Pse II qui est en cours d’élaboration », a indiqué le porte-parole du Gouvernement, Seydou Guèye, qui faisait le compte rendu de la rencontre.

« Les autres textes sont relatifs à la mise en œuvre des dispositions de la loi d’orientation. De ce fait, un échéancier a été établi et qui va jusqu’à la fin du mois de juin pour que tous les textes soient pris. Notamment, les textes relatifs à l’inclusion des personnes vivant avec un handicap dans le cadre de notre système avec la mise à disposition d’un point d’appui pour le démarrage de leurs propres activités en termes de création d’emploi, d’aide à l’installation, d’exonération, mais également de garantie pour accéder aux crédits », ajoute le porte-parole du gouvernement.

Durant la rencontre, il a aussi été évoqué la préoccupation portant sur les mesures indiquées par la loi d’orientation qui fixe un niveau de quota d’à peu près 15% devant être réservé aux personnes vivant avec un handicap dans les recrutements. Le Premier ministre a aussi décidé de la mise en place d’un mécanisme de suivi de la mise en œuvre effective de la loi d’orientation pour avoir des revues périodiques.

 

 

Ousmane Ndoye : « Au Sénégal les handicapés sont victimes de… »

Les personnes en situation de handicap s’estiment les victimes d’une abjecte discrimination. Hier, lors de l’inauguration d’une salle informatique et d’une bibliothèque au Centre Talibou Dabou, le Président de l’Association nationale des personnes accidentées vivant avec un handicap, Ousmane Ndoye, n’a pas mâché ses mots.

«L’Etat du Sénégal ne nous accompagne pas dans nos projets, malgré nos efforts. Nous, nous ne quémandons pas. Nous voulons juste un appui parce que nous sommes des citoyens sénégalais comme tout le monde. Le Premier ministre nous a reçus et nous lui avons soumis un projet. Mais, jusqu’au moment où je vous parle, rien», s’alarme le président de l’Association nationale des personnes accidentées vivant avec un handicap.

Ousmane Ndoye a lancé ce cri du cœur, hier, lors de l’inauguration d’une bibliothèque et d’une salle informatique offertes par une banque de la place. Pour Ndoye, il n’y a pas un problème d’employabilité des personnes en situation de handicap. Ce qu’il y a, c’est qu’il faut créer des secteurs et mettre des projets phares où toutes les personnes handicapées pourront travailler et gagner dignement leur vie.

Concernant la carte d’égalité des chances, Ousmane Ndoye affirme que le gouvernement ne les a même pas associés alors que ce sont eux qui en ont le plus besoin parce que traînant un handicap. «Nous sommes victimes de discrimination au niveau même du transport. Rares sont les chauffeurs de taxi qui acceptent de prendre des clients handicapés.

Ils disent que les personnes en situation de handicap les retardent. Les bus, n’en parlons pas. Pour ce qui est de l’éducation, beaucoup de personnes handicapées veulent étudier, se former mais n’ont pas les moyens de le faire», énumère-t-il.

Sur les causes du handicap, il révèle que l’hôpital général de Grand-Yoff fait, à lui seul, 16 mille interventions par an sur les accidents et 80 % sont liés aux accidents de la circulation. Au Centre de santé de Thiès, ce sont 200 interventions par mois, à Kaolack, 350. «Le taux de handicapés augmente de jour en jour. Actuellement sur les 14 millions d’habitants, les handicapés représentent 20 %, soit, au moins, 3 millions de personnes», fait-il remarquer.

Amélioration des conditions des personnes handicapées : Abdoulaye Diouf Sarr donne des assurances

Les personnes vivant avec un handicap sont bien prises en charge dans de nombreux programmes de l’Etat, notamment dans la Cmu, la Bourse de sécurité familiale et la Carte d’égalité des chances. Mais, la Fédération sénégalaise des associations des personnes handicapées (Fsaph) a profité de la célébration de la Journée internationale des personnes handicapées, le 3 décembre, pour demander plus de la part de l’Etat.

Le ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, a réaffirmé la volonté du gouvernement d’améliorer les conditions d’existence des personnes handicapées au Sénégal. Venu présider la 4ème édition de la Semaine nationale des personnes handicapées, célébrée, le 3 décembre, à Rufisque, il a fait ce rappel au président de la Fédération sénégalaise des associations des personnes handicapées (Fsaph), Yatma Fall. « La célébration de cette journée traduit la volonté du gouvernement d’améliorer les conditions d’existence de nos compatriotes handicapés et à supprimer toutes les formes de barrières qui peuvent limiter leur potentiel ou freiner leur marche vers l’autonomisation », a indiqué le ministre de la Santé. Il a répondu ainsi à l’interpellation du président de la Fsaph qui a invité le gouvernement à consolider les acquis des personnes handicapées, notamment dans le cadre de la Couverture maladie universelle (Cmu), de la Bourse de sécurité familiale et la Carte d’égalité des chances, des programmes initiés par le gouvernement. Un écho au thème de cette année de la Journée internationale des personnes handicapées, à savoir « Évaluation des politiques publiques relatives au domaine du handicap : éléments de bilan et perspectives ».

Pour Yatma Fall, cet appui est d’autant plus important que les personnes handicapées représentent 5,9% de la population selon les données statistiques issues du recensement de 2013. Il a aussi plaidé pour une meilleure prise en charge des soins sociaux de base axée sur le renforcement de la participation collective et citoyenne des personnes vivant avec un handicap. Pour lui, l’année 2018, déclarée « année sociale » dans le monde, doit être « un cadre idéal de mise en œuvre » permettant d’appréhender le handicap qui est à la fois « une question transversale, multisectorielle et pluridisciplinaire ».

Cette cérémonie, tenue au jardin public de Rufisque, a été l’occasion pour la Fédération sénégalaise des associations des personnes handicapées de signer, en présence du ministre de la Santé et de l’Action sociale, une convention de financement d’un montant de 500 millions de FCfa avec l’Ong Sightsivers étalée sur sept ans.

Maguette NDONG

Avec 799 466 personnes vivant avec un handicap : le Sénégal loin de résoudre l’équation de l’inclusion sociale

L’inclusion sociale n’est pas effective au Sénégal. C’est le constat de la spécialiste principale en développement de la Banque mondiale, Safiétou Djamila Guèye. Cette dernière qui s’est penchée sur le sujet lors de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté a conclu que, malgré les discours engagés, le Sénégal a du chemin à faire, surtout concernant les couches les plus vulnérables de la société.

Malgré la promulgation en 2010 de la loi d’orientation sociale, le Sénégal a du mal à résoudre l’équation de l’inclusion sociale. En effet, les observations soulevées par Safiétou Djamila Guèye pointent le doigt sur les carences de notre pays en matière de prise en charge des personnes les plus vulnérables de la société.
En effet, la spécialiste qui note des avancées notoires dans ce domaine,  notamment avec le lancement des bourses familiales, la carte d’égalité des chances, l’école des aveugles, entre autres, beaucoup de chemin reste à faire.
A en croire Mme Guèye, le recrutement dans la fonction publique des personnes vivant avec un handicap se fait attendre alors que 15% des recrutements étaient alloués à cette catégorie. S’y ajoutent les retards notés dans la distribution de la carte d’égalité des chances qui ne bénéficie, pour l’instant, qu’à 35 000 personnes en lieu et place des 50.000 initialement retenues.
Dans la création des structures pour cette couche vulnérable de la société, notre pays n’a pas encore réussi à atteindre la norme des standards internationaux car, les établissements existant au Sénégal ont du mal à jouer pleinement leur rôle à cause du manque de financement et/ou de main d’œuvre.
Pour Mme Guèye, «le handicap ne doit pas être considéré comme une variable sociale dont la résolution reste confinée au principe de solidarité et d’entraide mais plutôt comme une variable de développement de réduction de la pauvreté, dans la justice et l’équité».

Khadimou Rassoul Talla, président de l’Association Handicap.sn « Nous voulons qu’on donne la carte d’égalité des chances à tout le monde »

Le Sénégal a célébré hier la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté. Sur ce, Mame Safiétou Djamil Gueye, spécialiste principale en développement social de la Banque mondiale, a animé à Dakar un panel sur le thème : « Inclusion sociale des personnes vivant avec un handicap ».

« Nous avons noté des progrès mais  il reste beaucoup de choses à faire, surtout la loi d’orientation sociale sur les personnes vivant avec  un handicap », a déclaré le président de l’association handicap.sn,  Khadimou  Rassoul Talla. Pour lui, si on ne vote pas  cette loi, le décret  ne peut pas être effectif. Sur les dix décrets d’application, il y en a seulement deux qui ont été signés, à savoir la carte d’égalité de chances.  A l’en croire, sur ce dernier point, il y a des problèmes car lors du lancement de la carte d’égalité  des chances le 30 avril 2015, le Président de la République avait dit que 50.000 cartes seront  données d’ici 2017. Actuellement, moins  de 36. 000  ont  été  distribuées. Se basant  sur  le rapport  de l’ANSD, Khadimou  Rassoul a indiqué que  le taux de personnes vivant avec un handicap est de 5,9%, environ 850.000, voire  900.000 handicapés. « Si on donne seulement à 50.000 personnes, c’est une autre forme de discrimination. Nous voulons qu’on donne la carte à tout le monde », a-t-il martelé. Pour ce dernier,  il faut que l’on revoie « nos » stratégies car il y a un manque de volonté politique vis-à-vis des personnes handicapées. Concernant le recrutement dans la fonction publique de 2013, M. Talla  a avancé  que  sur les 5592 personnes recrutées, il y avait environ 20 handicapés. Actuelle, dans la base de données du projet sur l’emploi des personnes  handicapées de l’ONG handicap international, il y a plus de 500 personnes handicapées qui sont à la recherche d’une fonction.

5,9% souffrent d’handicap au Sénégal

D’après Mame Safiétou Djamil Gueye, spécialiste principale en développement social de la Banque mondiale, animatrice  du panel sur le thème : « Inclusion sociale des personnes vivant avec un handicap », le sens de l’innovation et l’esprit d’entreprise peuvent aussi contribuer à aider les personnes vivant avec un handicap à sortir de la pauvreté et de l’exclusion. Ainsi, elle a noté qu’au Sénégal, sur une population de 13 508 715 habitants (ANSD, RGPHAE, 2013), la prévalence du handicap est de 5,9%, ce qui signifie que 59 Sénégalais sur 1000 souffrent d’un handicap quelconque. Les femmes sont plus concernées. Les handicaps moteur et visuel étant les plus répandus avec 1,5%. Toutefois, dira Mme Gueye, l’exclusion sociale basée sur des attributs peut entrainer une diminution du statut social, l’accès à l’emploi et aux services de participation à la prise de décision aux niveaux local et national. La société actuelle crée de nouveaux exclus et surtout de nouveaux vulnérables en fonction des conditions de vie, d’apprentissage et d’éducation qui entourent les plus jeunes. Et d’ajouter que cette vulnérabilité accrue affecte ceux qui étaient auparavant intégrés, mais aussi ceux qui n’ont pas encore commencé leur processus d’insertion sociale et professionnelle. Au-delà de la volonté politique affichée par le Chef de l’Etat et son gouvernement, l’applicabilité demeure toujours problématique avec la non-prise en compte effective de la personne vivant avec un handicap dans les différentes politiques élaborées et mises en œuvre par l’État. Selon  elle, le sens de l’innovation et l’esprit d’entreprise peuvent  contribuer à aider les personnes vivant avec un handicap à sortir de la pauvreté et de l’exclusion. « Au Sénégal, les personnes handicapées se sont organisées en différentes associations. Elle revendiquent une plus grande participation aux processus politiques et à la prise de décision, a une meilleure inclusion et considération de leurs droits », a conclu la spécialiste principale en développement social.

Zachari BADJI (www.rewmi.com)

Prise en charge des personnes handicapées : Plaidoyer pour un Conseil présidentiel

L’Ong handicap international a organisé, à Dakar, un panel de restitution de l’étude sur la convention relative aux droits des personnes handicapées et leur prise en charge dans les politiques et stratégies de lutte contre le Vih. Une occasion pour le président de la Fédération sénégalaise des associations des personnes handicapées (Fsaph), Yatma Fall, de plaider pour la tenue d’un Conseil présidentiel sur cette couche vulnérable, afin de changer leur situation sociale.

Lors des interventions, l’accès aux soins, services sociaux de base, aux structures… infrastructures, entre autres, a été soulevé par nombre de participants. Yatma Fall a plaidé pour à la tenue d’un Conseil présidentiel sur la situation des personnes vivant avec handicap. D’après lui, cette rencontre permettra à tous les ministères sectoriels de prendre des engagements devant le président de la République pour une réelle amélioration de leur situation sociale, même s’il « ne soupçonne pas un manque de volonté ».

M. Fall a insisté sur l’utilité de l’appareillage orthopédique qui mérite d’être pris en charge, l’accès à l’emploi, la lutte contre le Vih. Il a révélé que le taux de prévalence du sida est plus élevé chez les personnes handicapées, 2 % contre une moyenne nationale de 0,7%. Il a également dénoncé la stigmatisation et les violences sexuelles à cause des pratiques et croyances malsaines dans nos sociétés. Selon M. Fall, le quota de recrutement dans la Fonction publique n’est pas respecté. Par ailleurs, « 70% des handicapés n’ont pas accès à la gratuité de la santé », a-t-il dit, invitant à la mise en place « de fonds d’appui pour les personnes handicapées afin de lutter contre la mendicité ». Il n’est pas d’avis qu’il faille faire une étude d’impact avant la mise en place de ces fonds.

Quant au député, président de la Commission des lois, de la décentralisation, du travail et des droits humains, Seydou Diouf, il a noté que « le Sénégal, à l’instar des autres pays, a ratifié, en 2009, la Convention internationale relative à la protection des personnes handicapées et la mise en place de la Loi d’orientation sociale 2010. Mais, il y a un écart important entre les préconisations et l’application des conventions ».

Alors que l’expert en planification, gestion et suivi-évaluation de projets, Moussa Boury Sall, a révélé que sur une population sénégalaise de 13.465.536 habitants, les 794.466 vivent avec un handicap. Mais, a précisé Khadimou Rassoul Talla, président d’handicap.sn, à ce jour, seules 35.000 cartes d’égalité des chances ont été confectionnées sur les 50.000 prévues par le chef de l’Etat.
De son côté, le Pr Oumar Ndoye, psychothérapeute et ancien député, a indiqué que la Loi du 26 mai 2010 votée par l’Assemblée nationale a été l’œuvre des personnes vivant avec un handicap. « Il y a des combats à mener en termes de plaidoyer et de stratégie », a confié l’ancien parlementaire, plaidant pour plus de protection de cette couche vulnérable.

Serigne Mansour Sy CISSE (Le soleil)