Archives mai 2019

Lettre ouverte à son excellence Monsieur Macky Sall président de la République du Sénégal

Monsieur le Président de la République , je vous adresse cette  lettre pour vous assurer de l’intérêt tout particulier que nous, personnes vivant avec un handicap accordons au dialogue national.

Le dernier recensement général de la population et de l’habitat nous crédite de 6% environ de la population. En effet ,nous sommes  900 mille atteints par le handicap, avec nos parents et descendants obligatoirement affectés par ce handicap. 

Derrière chacun d’entre nous une histoire de vie, plus tragique que rayonnante du fait des multiples problèmes auxquels nous sommes confrontés. 

Et pourtant notre lutte pour les Droits Economiques Sociaux et Culturels remonte à des décennies mais hélas les solutions arrivent en mode   «  Very Slow Track. » Jugez-en  

1992 les associations de personnes handicapées posaient la nécessité d’une loi d’orientation sociale pour la promotion et la protection de leurs Droits Economiques, Sociaux et Culturels. C’était lors de  rencontres avec la Direction de l’Action Sociale, autour de Madame Sèye et de ses collaborateurs dont Monsieurr Coly, chef de la division des handicapés. La division qui avait en charge la solution à nos problèmes était alors logée en centre-ville, au deuxième étage d’un immeuble vétuste et sans ascenseur, qui a valu à plusieurs d’entre nous des chutes mémorables,  en tentant vaille que vaille de gravir les escaliers extrêmement raides. 

2001  Tenue d’un conseil interministériel sur le handicap et la nécessité d’élaboration et d’adoption d’une loi d’orientation sociale que tous les acteurs de la lutte pour la transformation qualitative des conditions des personnes vivant avec un handicap attendaient de tous leurs vœux et l’avaient exprimé lors de différentes rencontres. 

2010 Adoption de la loi d’orientation 2010 -15 du 6 juillet 2010 relative à la promotion des droits des personnes handicapées.

2012 Annonce de la signature du premier décret d’application de la loi d’orientation sociale, sur une dizaine attendue.

2014 Mise en place des commissions départementales chargées d’instruire les demandes de cartes d’égalité des chances 

Février 2018    Tenue d’un Conseil Interministériel  portant entre autres sur l’urgence à adopter un programme de réadaptation à base communautaire.

1992 /2018  soit plus de vingt-cinq années pour arriver à mettre en place une architecture institutionnelle pour la prise en charge des besoins essentiels des personnes handicapées. Ce n’est certainement pas ce qu’on peut considérer comme du « fast track »

Et pourtant des drames individuels sont vécus dans l’anonymat ou le dénuement complet. Combien de valeureux acteurs de la lutte s’en sont allés ? Bamba N’Diaye, Mamadou Wane, Youssou Diallo, Gatta Ba, Khady Guèye de Mbour, pour ne citer que ceux là. Mais certains de leurs amis sont encore debout pour continuer le combat et d’autres plus jeunes les ont rejoints car les problèmes sont loin d’être réglés et les défis toujours exaltants à relever. 

Toutes ces dates étaient supposées induire un mieux-être dans la vie des personnes handicapées, étape par étape. 

Comme le disait fort justement Madame Awa Marie Coll Seck ministre de la santé, « la loi d’orientation sociale constitue un cadre de référence de notre dispositif institutionnel en matière de prise en charge et d’intégration des personnes handicapées dans notre société » 

Dès l’article premier le législateur donne le ton en affirmant sans ambages que « la présente loi vise à garantir l’égalité des chances des personnes handicapées ainsi que la promotion et la protection de leurs droits contre toutes formes de discrimination »

Dès lors, tous les espoirs étaient permis pour les personnes vivant avec un handicap surtout au vu des domaines visités par la loi. Hélas depuis, l’euphorie commence à céder la place au désenchantement tant la mise en œuvre des programmes qui sous tendent la loi est d’une lenteur désespérante.

Pour s’en convaincre il suffit de passer en revue les domaines visités par la loi et de faire l’inventaire des réalisations. 

         Le droit d’accès aux soins de santé, les actions sociales et la prévention 

Les associations de personnes handicapées, toutes catégories confondues, ont fait de ce point la porte d’entrée de  toute politique visant à promouvoir l’égalité des chances. Dès qu’apparaît le handicap se pose la redoutable question de la prise en charge sanitaire, de l’appareillage entre autres. S’il est vrai que des maladies sont éradiquées ou en voie de l’être comme la polio ou la lèpre, d’autres tout aussi handicapantes font des ravages dans notre pays.il suffit de voir les séquelles de maladies cardiovasculaires, neurologiques du diabète par exemple. Les accidents du travail, de la circulation voire domestiques constituent des causes de handicap souvent très lourds. Ceci engendre des coûts de prise en charge élevés sans compter la perte de productivité qui en découle. De quoi initier des politiques agressives en matière de prévention. Or sur ce plan, comme sur le Droit d’accès aux soins, nul changement majeur n’est noté depuis l’adoption de la loi. La preuve la plus palpable réside dans les coûts toujours exorbitants des appareils, orthèses ou prothèses, l’indisponibilité des crèmes solaires pour les albinos, point n’est besoin d’être exhaustif. Les accidents de la circulation se multiplient, mais avec toujours une insuffisance notoire  de suivi et de permanence dans les politiques de prévention. 

La carte d’égalité des chances devait être un moyen de lutte contre les inégalités. Elle doit surtout permettre l’amélioration de  l’accès des personnes handicapées aux services sociaux de base comme la C.M.U.  La lenteur de distribution de telles cartes est exaspérante et va surtout à l’encontre de votre  volonté,  Mr le Président de la République, vous qui avez   tenu à présider personnellement la cérémonie de lancement. Toute personne bénéficiaire de la carte devrait automatiquement avoir la bourse de sécurité  familiale. C’était votre souhait, vous l’avez dit avec toute la solennité requise.  A ce jour, des milliers de personnes handicapées détentrices de la carte d’égalité n’y ont pas droit.  Alors,  négligence dans l’application des directives du Chef de l’Etat, ignorance ou mépris des dispositions de la loi ou alors sabotage pur et simple ? A moins que ce ne soit le « slow track » qui continue inexorablement.

L’éducation, la formation professionnelle et l’emploi

L’éducation est un droit garanti par la Constitution. Elle est gratuite, dans les textes, assurément. Mais la réalité révèle,  au quotidien,  que les mesures d’ordre public ne règlent pas toujours les problèmes spécifiques. Où va étudier le jeune handicapé visuel né à Kolda ou Bandafassy si l’on sait que le centre d’éducation qui lui est accessible se trouve à Thiès ? Les enfants déficients intellectuels, en dehors du CIFDI de grand Yoff doivent débourser des montants dissuasifs pour la plupart pour avoir le droit d’étudier. Une belle entorse au principe de gratuité et surtout d’égalité des chances. Aucune bourse, aucune allocation n’est offerte à ces enfants et pourtant comme le disait notre regrettée sœur Maitre Aminata M’Baye fondatrice de ASSEDEM « Dom Domla »

L’éducation inclusive qui fixe l’enfant handicapé en milieu ordinaire, dans les écoles de son quartier ou de son village est toujours en phase expérimentale, malgré toutes les études menées et l’incroyable ressource que constituent les enseignants déjà formés à cet effet. 

Faute d’accès à l’éducation, l’enfant handicapé peut difficilement faire valoir son droit  à la formation professionnelle. Le niveau d’instruction requis pour entrer dans les centres de formation de l’Etat exclut de fait bien des personnes atteintes de déficience. Il s’y ajoute les barrières architecturales, sans parler des préjugés. 

Sans diplôme, sans métier, comment le jeune sénégalais handicapé peut il prétendre à un emploi  décent? 

Il est vrai que 15% des emplois dans la Fonction Publique nous sont réservés, mais quid de la réalité ? Quelles sont les mesures pratiques et concrètes prises dans ce sens ? Quel est l’organe qui pilote ce dossier pour en faire une réalité ? 

l’accessibilité, l’habitat, le cadre de vie et l’accès à la terre

Les barrières architecturales constituent un cauchemar pour les personnes à mobilité réduite. C’était le cas en 1992 et avant, c’est encore d’actualité de nos jours. Rares sont les bâtiments publics qui respectent les normes en matière d’accessibilité. 

En matière d’habitat et d’accès à la terre, les personnes vivant avec un handicap sont, pour l’écrasante majorité dans une précarité endémique. Comment s’en étonner lorsqu’on sait qu’elles sont sous scolarisées, très peu qualifiées et plus atteintes par le chômage que le sénégalais lambda ? Ainsi le droit au logement est pour le moment presque chimérique si toutes choses restent égales. Comment constituer un apport, faire face à des mensualités si l’on n’a pour dénominateur commun que  l’absence de revenus fixes ?  

Droit aux sports, loisirs, art et culture

Les personnes handicapées du Sénégal ont fini de montrer leurs capacités en ces matières. Le Sénégal, en la personne de Youssoupha Diouf, a remporté  la médaille d’or de lancer de javelot aux Jeux Africains de Brazzaville, record d’Afrique à la clef. Des efforts importants ont été faits pour faire du droit au sport une réalité. Néanmoins les politiques publiques ne tiennent pas compte de la spécificité du sport pour personnes handicapées. Les centres d’éducation spécialisés n’ont pas d’infrastructures sportives, encore moins de professeurs d’éducation physique. Le matériel du sportif handicapé est d’un coût prohibitif. La pratique, bien évidemment, s’en ressent. 

Il n’y a pas de politique culturelle  visant spécifiquement les personnes handicapées. 

L’écrasante majorité des lieux de loisirs est inaccessible, ce qui veut dire en langage clair que les handicapés n’y sont pas attendus.   

Qui peut oser dire que les handicapés ont des chances égales à celles des valides dans le Sénégal d’aujourd’hui ? Qui peut oser dire que l’Etat, les Sociétés du secteur privé, la Société Civile, les Mécènes ont fait leur part du job pour que l’objectif soit atteint ? Il nous faut admettre que seule l’implication de tous les secteurs de la Nation peut garantir l’efficacité des politiques publiques en matière de handicap. Au-delà des Droits, l’Egalité des Chances ressortit de la Solidarité Nationale. 

 Mais l’efficience nécessite une prise en charge spécifique. 

La tutelle des personnes handicapées change au gré des remaniements ministériels sans que les problèmes rencontrés ne trouvent de solutions durables.  Il ne saurait en être autrement vu leur caractère transversal. Les domaines touchant le handicap sont multiples et variés, leur solution dépendant de plusieurs ministères sans aucune structure de contrôle et de coordination. 

C’est la raison pour laquelle l’article 48 de la loi d’orientation sociale   dispose « Il est créé à la Présidence de la République une Haute Autorité chargée de la promotion et de la protection des Droits des Personnes Handicapées, ayant pour objectif d’appuyer les efforts de l’Etat dans l’élaboration des politiques nationales et les stratégies sectorielles dans tous les domaines touchant le handicap. » 

La Haute Autorité n’est pas un luxe, ce n’est pas une structure de plus ni une structure parmi tant d’autres. Elle ne dépouille pas le ministère en charge du handicap de ses prérogatives régaliennes. Elle peut faire avancer la politique de promotion et de protection des personnes handicapées car ce sera sa seule raison d’exister. En tous lieux et tous temps la Haute Autorité aura une force d’interpellation de tout acteur ayant la moindre responsabilité dans ce domaine. Elle tirera surtout sa légitimité et ses prérogatives de vous-mêmes Mr le Président. Elle vous rendra compte directement. L’enjeu vaut bien que vous l’installiez pour juger des résultats et de l’avancée de la cause. 

A l’examen des problèmes prioritaires déclinés depuis longtemps par les associations de personnes handicapées, force est de reconnaitre que nous sommes très loin  du fast trak dans la réalisation des D.E.S.C. des personnes vivant avec un handicap. Le dialogue national, auquel il vous plaira certainement nous convier, permettra de marquer une étape nouvelle dans la matérialisation des mesures pratiques qui feront bouger les lignes. Nous remettons notre sort entre vos mains. Avec beaucoup d’espoir !

Santi Sène HAGNE

Député Maire

Président de la Fédération Nationale Paralympique Handisports

Membre du Bureau de la F.S.A.P.H.

Coordinateur du Mouvement « FORCES EN ROUTE »

Dakar le 13 /05/2019

Environ 453 000 personnes handicapées dénombrées en Côte d’Ivoire

Environ 453 000 personnes en situation de handicap ont été dénombrées en Côte d’Ivoire avec 90% d’handicapés physiques et 10% d’handicapés psychiques, a appris APA sur place dans la capitale économique ivoirienne.

L’information a été donnée vendredi par Victorien Koné, le directeur de la protection des personnes handicapées  au ministère de l’emploi et de la protection sociale qui s’exprimait sur le thème de la protection des handicapés dans un panel de la première édition des Journées de la prévoyance et des actions sociales (JPAS).

« Si nous nous référons au Recensement général de la population et de l’habitat de 2014 (RGPH 2014), on a dénombré environ 453 000 personnes handicapées en Côte d’Ivoire. Environ 90% sont des handicapés physiques et 10% des handicapés psychiques. Dans cette population, nous avons 58% d’hommes et 42% de femmes et environ 70% de ces personnes handicapées vivent en milieu rural », a révélé M. Koné parlant de la représentation statistique des handicapés en Côte d’Ivoire.

Par ailleurs, il a indiqué qu’une enquête effectuée en 2013, a dénombré 517 personnes en situation de handicap inscrites dans les grandes écoles et universités en Côte d’Ivoire dont 130 handicapés sensoriels.

«Les personnes handicapées sont classées en deux grands groupes que sont les handicapés physiques et les handicapés psychiques. En Côte d’Ivoire, nous avons adjoint d’autres catégories de personnes que sont les personnes de petites tailles ( nains, moins de 1m40), les personnes bègues et les personnes vivant avec l’albinisme », a-t-il, fait savoir, soulignant que cela est une « exception ivoirienne ».

Poursuivant, il a égrené une série de difficultés auxquelles sont  confrontées ces personnes dites handicapées dans le pays. Il a cité  entre autres, des problèmes d’état-civil, l’accès difficile au transport  et le difficile accès à la formation et à l’emploi.

Malgré ces  difficultés, M. Koné a salué les réponses  du gouvernement ivoirien face  aux problèmes des personnes handicapées. Selon lui, cette réponse de  l’État se situe à quatre niveaux.

« En matière d’éducation, la Côte d’Ivoire a mis l’accent sur l’éducation des handicapés… 1165 personnes handicapées ont fait leurs entrée à la fonction publique depuis 1997 à ce jour. L’État de Côte d’Ivoire a aussi ratifié toutes les conventions relatives aux droits des personnes handicapées », s’est-il félicité, estimant que « les perspectives sont bonnes, mais beaucoup reste à faire ».

Plusieurs autres panels ont été animés au cours de cette deuxième journée des JPAS dont celui de Madelaine Oka-Balima, la responsable des programmes à ONU Femmes sur le thème de la protection des femmes. De son avis, l’égalité des droits entre homme et femme est une « grosse contrainte à l’atteinte de l’émergence » qu’ambitionne la Côte d’Ivoire.

La première édition des Journées de la prévoyance et des actions sociales (JPAS) s’est ouverte jeudi à Abidjan autour du thème : « quelle politique de prévention pour la protection des personnes ? ».

Ces assises qui s’achèvent ce vendredi ont pour objectif général de réunir tous les acteurs du secteur de la prévoyance sociale (Caisse générale de retraite des agents de l’État, CGRAE), Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), Office national de la protection civile (ONPC), experts en assurances…afin d’échanger et sensibiliser les personnes et les entreprises sur les risques auxquels elles sont exposées et leur présenter les différentes offres de service proposées.

Plusieurs communications ont également meublé la première journée de ce conclave dont celle sur la protection sociale des travailleurs du secteur public faite par l’institution de prévoyance sociale- Caisse générale de retraite des agents de l’État ( IPS-CGRAE) dirigée par  Abdrahamane Berthé.

LB/ls/APA

Koussanar : pour une histoire de sandales, elle tue son jeune frère handicapé d’un coup de bâton

Les faits se sont déroulés le lundi 13 mai dernier, au village de Touba Thiapo, dans la commune de Koussanar, dans le département de Tambacounda. Une dame de 50 du nom de Aldiouma Ba était à la recherche des sandales de sa fille. Ces recherches la mèneront jusqu’au domicile de son jeune frère de 38 ans, Sadio Ba, handicapé à la suite d’un accident de la circulation. Sur place, la dame a voulu s’emparer d’une paire de sandales noires, ce à quoi son cadet s’est imposé, soutenant que les chaussures appartiennent à son fils, rapporte L’Observateur.

S’en suit une vive altercation. La dame s’arme alors d’un bâton, alors que son frère tenait une cravache. Aldiouma Ba asséna un violent coup de bâton à Sadio Ba, lui occasionnant la fracture du 7ème vertèbre. Il succombera à ses blessures lors de son transfert à l’hôpital.
Aldiouma Ba sera arrêté le 15 mai dernier et déférée au parquet de Tamba le lendemain. Devant la barre, elle a nié les faits, mais sera confondue par tous les témoins. Le procureur a requis 2 d’emprisonnement ferme pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Le délibéré est attendu le 29 mai prochain.