Archives juillet 2018

Les personnes handicapées marchent sur Dakar

Le Collectif pour la défense des droits des handicapés entend manifester, ce mercredi. Ce, pour réclamer la publication des décrets d’application de la loi d’orientation sociale et la mise à disposition des cartes d’égalité de chance. Autre revendication: c’est l’instauration d’une haute autorité du fond d’appui pour lutter contre la mendicité.

Mais, pour le moment, la marche n’est pas encore autorisée. « On a informé le Préfet depuis le vendredi dernier mais jusqu’à présent (l’autorité) ne nous a pas encore donné d’autorisation. Mais, dans tous les cas, nous allons organiser la marche. On a choisi l’itinéraire de la Place de la Nation au Rond-point de la Rts », prévient Khadim Talla, membre du Collectif, au micro de Radio Sénégal.

Selon lui, rien n’a été fait après le vote de la loi d’orientation sociale en 2010.

« La loi d’orientation sociale est votée depuis 2010. Il y a dix décrets et quatre arrêtés. On n’a signé que deux décrets d’application, dénonce Talla. L’État du Sénégal avait organisé le Conseil interministériel sur le handicap le 13 février 2018. Le Premier ministre qui l’avait présidé, avait demandé l’application du décret avant le 30 juin. Aujourd’hui, nous sommes le 11 juillet 2018 ».

En face, le Directeur de la promotion et de la protection des personnes handicapées, Mamadou Lamine Faty, se veut rassurant.

« L’État du Sénégal a atteint l’objectif de production des 50 mille cartes d’égalité des chances annoncées (par le président Macky Sall). Dont 17 mille 192 personnes handicapées enrôlées dans les mutuelles de santé, 25 mille 507 bénéficiaires de la bourse de sécurité familiale conformément à la directive présidentielle de 2015. Et, 652 personnes handicapées ont accès aujourd’hui gratuitement au réseau Dakar Dem Dikk », informe-t-il.

Avant de poursuivre : « Le ministère de la Santé et de l’Action sociale a invité toutes ces associations autour d’un atelier pour faire valider et partager ces textes. Aujourd’hui, tous ces textes ont été soumis à l’appréciation du ministre. Certains ont été transmis au Secrétariat général du gouvernement. Les dispositions sont prises pour la transmission du décret relatif au fond d’appui aux personnes handicapées. Mais également du projet de décret relatif au haut conseil à l’égalité des chances des personnes handicapées. »

« Au courant de ce mois de juillet, promet Faty, interrogé par Radio Sénégal, tous ces textes parviendront au Premier ministre conformément à la directive ».

Le patronat sénégalais pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées

Le Conseil national du patronat sénégalais (CNP) a plaidé, vendredi à Dakar, pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap.

« Le Conseil national du patronat (CNP) est d’avis qu’au-delà des textes législatifs et réglementaires, nous devons apporter une réponse à la question de l’éducation et la formation qualifiante des personnes handicapées afin de renforcer l’égalité des chances d’accès à l’emploi et à l’entreprenariat », a déclaré Racky Wane, la vice-présidente du CNP.

S’exprimant à la rencontre de concertation sur l’avant-projet de décret rendant obligatoire la réservation de postes de travail aux personnes handicapées dans les entreprises, elle a souligné que « la réalité est complexe et toute solution durable exige de s’attaquer à la racine du mal » qui se résume à l’éducation et à la formation.

« Quand un enfant handicapé est non scolarisé ou un adolescent handicapé n’a pas l’avantage d’avoir une formation professionnelle, cela accroît leurs risques de devenir des adultes confrontés à de multiples difficultés d’insertion dans la vie active », a-t-elle soutenu.

De l’avis de Karim Cissé, le Directeur général du Travail et de la Sécurité sociale, c’est « un moment historique pour les efforts consentis par le Sénégal afin d’assurer une meilleure inclusion sociale et une insertion professionnelle des personnes vulnérables notamment celles vivant avec un handicap ».

Après avoir plaidé pour « l’organisation d’une Conférence sociale nationale sur l’égalité des chances d’accès à l’emploi public-privé et à l’entreprenariat », le patronat sénégalais n’a pas manqué de proposer un dispositif d’accompagnement incitatif à l’insertion des personnes handicapées dans les entreprises.

Ce dispositif est constitué de quatre points, à savoir l’allocation d’un pourcentage du budget de la Contribution forfaitaire à la charge des employeurs (CFCE) aux besoins de formation qualifiante et diplômante des personnes handicapées, la mise en place d’une plateforme d’offres de compétences des professionnels handicapés par les départements ministériels en charge du Travail, de l’Enseignement supérieur, de la Formation professionnelle et de l’Emploi, la favorisation des stages pour les handicapés en milieu professionnel public et privé par divers mécanismes de soutien et l’exonération de certaines charges patronales notamment la cotisation à la Caisse de Sécurité Sociale pour les entreprises qui s’engagent au recrutement de handicapés.

L’avant-projet de décret rendant obligatoire la réservation de postes de travail aux personnes handicapées dans les entreprises « est le fruit d’un long processus engagé par le Sénégal qui a ratifié en 2009 la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées », a souligné Karim Cissé.

Cet avant-projet prévoit que tout employeur ayant un effectif de 20 à 50 travailleurs se doit de réserver un poste de travail à une personne handicapée, 2 postes de travail pour un effectif de 51 à 100 personnes, 4 postes pour un effectif de 101 à 250 personnes, 6 postes pour un effectif de 251 à 500 personnes et 10 postes pour un effectif de 501 à 1000 personnes.

ID/te/APA

Lettre d’une handicapée niée dans sa dignité au Président de la République

Monsieur le Président de la République du Sénégal

Le pasteur Martin Luther KING a dit un jour, que l’injustice quelque part, est une menace pour la justice partout… Et il est vrai qu’au Sénégal, nous, sommes blasés par moult injustices auxquelles la pauvreté et la déstructuration nous a habitué.
Mais tout de même, me semble t’il qu’existe une limite dans le supportable ; l’image de ces pauvres dames, Adama NDOUR, Rougui THIAM et Awa GAYE, sans défense, malmenées par ce triste sieur, ASP de son état, devant ses collègues affables, est une limite pour moi.
Moi atteint de handicap comme elles, et qui éprouve par indentification les affres de leur martyr. Je vous somme d’en faire vôtre ; de cette limite et d’user de votre puissance pour protéger mon intégrité; moi et tous les gens qui me ressemblent.

Monsieur le Président, je gage que Luther KING, à la vue de ces horribles images de ces dames en fauteuil, molestées par ce (s) sinistre(s) individu(s) en tenue, censé(s) les protéger, dirait aujourd’hui que : Partout où la dignité est piétinée comme ça, c’est l’humanité qui est niée.

Monsieur le Président, ces images sont à vomir; j’en suis meurtri ; et je veux croire que vous aussi… Et elles en disent beaucoup sur notre Sénégal. Comment ces actes aussi ignobles ont ils pu être commis par cet homme qui se croit autorisé par son uniforme ? Pire, comment ses collègues présents, peuvent-ils cautionner ces actes sans nom de par leur passivité, de par leur agressivité, qu’on devine à l’image, sur ces personnes fragiles. Ces personnes qui, toutes les civilités du monde surprotègent. Ces personnes fragiles dont toutes les religions du livre consacrées au Sénégal, rappellent l’égard particulier qui leur est dû;

Monsieur le Président, beaucoup trop souvent dans mon Sénégal, est omis cet égard. Cet égard, que Allah subhanahu wa ta’ala lui même consacre dans son Saint Coran, descendu dans ce mois béni du ramadan, où, à la sourate 80 versets 1 à 16, il rappela à son prophète MOHAMAD (SAW) le manquement de cet égard vis à vis de l’aveugle Ibn Um Maktum qui sembla l’importuner, dans cette assemblée de noble où il était en prêche.
Notre prophète, depuis ce jour, toujours, accueilli cet aveugle Ibn Um Maktum par cette formule consacrée depuis : « Bienvenue à celui pour lequel mon Seigneur m’a réprimandé ».

Monsieur le Président, parce que je le vis dans ma chair, je veux vous indiquer deux choses que vous ignorez du fait d’être handicapé ;
1°)- Etre atteint de handicap est un rappel de tout instant pour le « frappé » de la conscience d’être vivant. Les rapports au temps et à l’espace sont aussi transformés quand vous êtes handicapé. Le temps fractionné de la montre cède le pas au « temps psychique » qui est celui des représentations intérieures. L’espace lui-même n’est pas seulement fait pour la mobilité, il est d’abord menaçant ou impossible à vivre pour de multiples raisons. Ce sont les « affects » qui prennent ici le pas sur les possibilités de l’espace. L’espace et le temps d’une personne handicapée emportent toujours plus loin.
Humainement parlant, la personne handicapée nous (vous) met dans l’épreuve de la différence. Chaque instant de la vie de son corps et de son esprit manifeste cette différence. L’entourage lui-même y est affronté. Oser vivre différent est un combat avec soi-même et avec les autres. C’est un combat qui nous (vous) porte souvent très loin.

2°)- Comme chacun de nous (vous), la personne handicapée est un être de désir, de parole et de liberté, mais ces trois mots, qui définissent l’existence humaine, s’inscrivent pour elle dans des limites qui ne sont pas temporaires, mais structurelles. Du coup, les moments les plus simples de la vie sont inévitablement marqués par le manque ; le désir trébuche, la parole est courte ou absente, la liberté fort réduite. Et pourtant, du fait même de ces manques, le désir, la parole et la liberté n’en sont pas moins forts et souvent extrêmes.
Essayer de faire comprendre ces notions à la fois simples et complexes au Sénégal, s’apparente aux travaux de Sisyphe, tant nous avons fini de ne consacrer que de la pitié, et son revers le mépris pour ces personnes handicapées. Ce mépris auquel toute la société soumet dans la banalité quotidiennement, ces personnes ; et qui ont finit d’intégrer qu’elles n’auraient droit qu’à cette pitié. Ecoutez-les, vous entendrez  ça de leur bouche.
Monsieur le Président, quid de la compassion ; est-ce que le sénégalais ne mérite pas pour son propre salut d’être guidé dans cette voie qui dictera le respect ; cette voie qui appelle à une projection du sort de la personne en face, sur son propre possible. Cette voie qui fait prendre en charge une partie de la douleur de la personne en face pour l’en décharger un peu; cela en conformité avec nos croyances aux saintes écritures ; ou alors à cette culture de l’universel, dont il est vrai que le bas niveau d’instruction chez nous, a cessé depuis fort longtemps d’alimenter.
C’est pourquoi je veux croire que la question qui s’ouvrira pour vous, sera ce rappel fort à votre devoir de protection envers plus de 20% de la population ; un rappel à cette impérieuse nécessité de vous inspirer des enseignements du prophète, pour le, aussi musulman que vous êtes, ou à défaut, de cette culture dont vous ne manquez pas et qu’on vous sait gré, eu égard à votre rang et votre instruction.

Monsieur le président ; Serions-nous frappés de malédiction ? Pourquoi faudrait-il toujours que nous trainions avec ténacité ces affres et maux de toutes les sociétés, avec les jalons que nous posons chaque jour ; sans que jamais une once de lumière ou et de lucidité ne nous fasse nous corriger.

Monsieur le Président, que faire de ce mal qui touche autant l’intime que le social ?

Monsieur le Président, n’avons nous pas collectivement le besoin de ce message, que les personnes atteintes de handicap sont avant tout des personnes ; et qu’à ce titre, la promotion de représentants visibles à des postes d’honneur, comme Ministre et Député, auraient la double vertu de permettre l’identification de ces personnes en des modèles, tout en distillant dans les esprits que cette dignité due à tous, est indivisible pour tous. Traduire du vécu dans les dispositifs qui organisent notre vivre ensemble ne se délègue pas toujours.
Monsieur le président, où sont les ministres ou les députés issus de ces 20% de cette population handicapée ?
Me semble t’il là est votre chantier que vous nous devez.
En attendant des actes forts pour corriger ce gros déficit, je requiers votre protection de ces personnes immondes, en tenues, qui face à nos corps complétement à leur merci avec un fauteuil roulant pour seul support; cause de ce destin sans appel qui nous oblige à une tète de moins par rapport à eux ; à vous, à tous … Ces hommes et ces femmes atteints de handicap que nous sommes qui ont été niés dans leur dignité par ceux là en tenue qui ont agi en votre nom. Je veux dire mon horreur devant ces images qui m’ont fait mal comme rarement…. Je suis cette femme handicapée Adama NDOUR, Rougui THIAM, Awa GAYE et toutes les autres, frappées par cet ASP devant ses collègues qui le couvrent par leur passivité ; et qui en appelle à vous Monsieur le Président de la République pour que vous me restituez cette dignité qui m’a été niée par ces hommes en tenue que l’Etat a missionné.
Oui Monsieur le Président, rendez ma dignité en proclamant haut et fort que j’ai droit aussi à la protection de l’Etat et à son respect.

Une personne atteinte de handicap qui prête sa plume à Adama NDOUR, Rougui THIAM, Awa GAYE etc…